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Urgences à Grenoble: C'est grave Docteur? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
 
Ecrit par Clément Repellin, le 05-12-2009 15:47
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irsud-juin09.gifDes enfants impatients, des patients un peu trop agités, des files d’attente longues comme une garde de médecin… bienvenue aux urgences !

 

Cette fois, je ne pourrai pas y échapper. La cheville a encore lâché. Ca fait mal, c’est gonflé, c’est bleu, bref, c’est pas beau à voir. Direction : les urgences ! Une fois la décision prise, il faut maintenant penser la stratégie. L’objectif est simple : perdre le moins de temps possible dans les méandres des hôpitaux grenoblois. Premier choix crucial : le lieu. Ce sera l’hôpital Sud. Spécialisé dans les traumatismes liés au sport et des membres inférieurs, c’est aussi l’un des établissements les moins engorgés de la ville. Deuxième facteur à prendre en compte : le moment où se rendre aux urgences. Aujourd’hui c’est mercredi, le jour des enfants. Bad timing comme disent les Américains. Il faut donc anticiper les activités sportives de l’après-midi, et les petits bobos qui vont avec. J’opte pour la fin de matinée, à l’heure où les petits sont encore devant les dessins animés.


A première vue, ça a l’air plutôt calme. Il n’y a qu’un couple de personnes âgées, un papa et son fils et une jeune fille dans la salle d’attente. La voie est libre pour l’inscription administrative. La dame est occupée, et répond à mon « bonjour » avec quelques secondes de retard. L’échange est plutôt cordial, les démarches rapides. Elle connaît son travail, les gestes ont été mille fois répétés. « Vous êtes déjà venu chez nous ? » demande-t-elle un peu naïvement. La candide ne sait pas encore que j’ai un casier long comme le bras ici. « Les coordonnées sont toujours les mêmes ? » interroge-t-elle ensuite. Non, mais c’est pas grave. Je réponds oui. Il faut gagner du temps, ne pas enrayer la bonne dynamique. En 15 minutes, mon entrée est enregistrée. Pas mal. Mais c’est là que les vraies difficultés commencent.


Cela fait déjà une heure que j’attends. Le télé-crochet musical vient de prendre fin à la télévision qui surplombe la salle d’attente. Heureusement, j’avais prévu le coup en apportant des cours à réviser. Le papa d’à-côté n’a pas été aussi prévoyant. Son fils s’est fait mal aux doigts en jouant au foot, et cherche une activité pour tromper l’ennui. Il s’agite, se plaint de la douleur, puis essaye de sortir de l’hôpital. « Mathieu, arrête !» s’énerve son père. « Tu vas en prendre une ! Surtout que tu fais semblant d’avoir mal » s’emporte-t-il. Ses doigts ont doublé de volume, mais ça n’a pas l’air de vraiment l’inquiéter. « On va dire au médecin qu’il s’est coincé les doigts dans un portail, comme ça, on pourra doubler les gens » explique-t-il au téléphone à sa femme, sans se soucier que les autres patients l’entendent. Je reste stoïque et j’encaisse. Et puis, je le trouve plutôt marrant ce petit bonhomme qui cherche à faire des bêtises et pose plein de questions. 30 minutes plus tard, un gros chagrin l’aide à s’endormir sur les genoux de son papa. Le calme regagne la salle d’attente.


« Monsieur Repellin » appelle l’infirmière. Hallelujah ! C’est à mon tour. Enfin, c’est ce que je croyais… Un jeune homme en sang débarque, torse nu, l’œil abimé. Il vient de se faire taper dessus et visiblement, il n’a pas l’air d’avoir très envie de respecter le protocole. Il ne comprend pas pourquoi il devrait attendre, et se montre agressif à l’égard du personnel. Je retourne m’asseoir. Je commence à être un peu moins relax.


Vient finalement mon tour. L’interne qui m’accueille est sympathique, malgré le manque évident de sommeil. Elle m’oriente vers le service radiologie, où je suis pris en charge rapidement. Je remonte ensuite voir le médecin, pour interpréter les clichés. On m’installe dans une pièce. D’autres ont moins de chance, comme cette mamie dans un brancard, stationné en plein couloir à la vue de tous. « Je suis désolée de vous causer tant de souci » s’excuse-t-elle auprès de ses enfants, morts d’inquiétude. L’instant est poignant, embarrassant. Je souffle d’exaspération, le plus fort que mes capacités pulmonaires m’y autorisent. La charmante interne m’a oublié, et c’est trente autres minutes qui viennent de partir en fumée. Au final, je m’en tire avec une attelle et des séances de kiné, le tout en un peu plus de trois heures. J’ai connu pire…

 


Dernière mise à jour: 07-12-2009 16:42

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