| Ecrit par Zanon,
le 07-05-2008 14:50
|
Pages vues : 360  |
Favoris : 39 |
Ils sont étudiants étrangers. S’ils décident de partir à l’étranger pour étudier en France, c’est avant tout pour la valeur reconnue des diplômes français dans leur pays d’origine. Mais avant d’obtenir le précieux sésame, ils passent souvent par des années de galère en France… à vivre de petits boulots pour financer leurs études. Portraits de trois étudiants étrangers grenoblois.
La situation des étudiants étrangers est encore assez méconnue. Les travaux sur le sujet sont peu nombreux en France comparés aux pays anglo-saxons comme le rappelle l’OVE (Observatoire de la Vie étudiante). Alors que le nombre d’étudiants étrangers inscrits dans l’enseignement supérieur est de plus en plus important ces dernières années : au cours de l’année 1998-1999, ils étaient 149 500 et représentaient 7% de la population étudiante. Leur nombre dépasse aujourd’hui 245 000 soit 11% du total. Cette croissance spectaculaire ne va pas sans poser de questions quand à leurs conditions d’accueil. La difficulté à trouver un logement dans un premier temps, et de façon plus générale, les difficultés financières, sont autant de problèmes à résoudre. La majorité de ces étudiants financent leurs études par l’exercice d’un travail rémunéré à côté de leurs études. Ils sont ainsi 59% à déclarer avoir exercé une activité professionnelle rémunérée pendant l’année universitaire en dehors donc des vacances d’été. Portraits de trois étudiants étrangers grenoblois venu en France, comme tant d’autres, étudié et aussi… pour la valeur de ces diplômes français reconnu chez eux dans leur pays d’origine. Un « plus » qui fait souvent la différence…*
Portraits
Mamadou est Guinéen. Il arrive en France en automne 2004, il a alors 22 ans. Les cinq premiers mois, il habite avec son frère, doctorant à Grenoble. L’adaptation en France n’a pas été facile « ce n’est pas le même pays, la Guinée me manquait beaucoup » explique t-il. A Grenoble, il retrouve des Guinéens mais pas ces amis d’enfance, « ce n’était pas pareil » selon lui. Les deux premières années ses parents lui envoyaient de l’argent : environ 200 euros par mois ; il en recevait aussi plus occasionnellement d’un frère qui vit aux Etats-Unis. L’été 2006, il a travaillé pendant un mois et demi à Toulouse où il a pu gagner 1500 euros. En 2007, il n’a pas pu travailler, il devait faire un stage de fin d’études pour le compte de son master 2 en économie, au Sénégal : 4 mois, avec une bourse de la région Rhône Alpes. Cette année, il travaille dans un restaurant universitaire, 1h45 par jour, cinq jours par semaine. Il touche à peu près 250 euros en moyenne chaque mois. Il galère beaucoup ici « plus qu’au pays » affirme t-il et est régulièrement « à découvert ».
Gang est Chinois. Il arrive en France en octobre 2002, il a alors 24 ans. Les deux premières années, il étudie le français au CUEF (Centre Universitaire d’Etudes Françaises), à Chambéry puis à Clermont-Ferrand. Il fait une licence 3 d’arts plastiques à Lille, puis se réoriente vers l’architecture, licence 3, master 1, master 2. Il est actuellement à l’école d’architecture de Grenoble. Chaque année, ses parents lui envoient environ 3000 euros. L’été, il travaille. Dans la cueillette des pêches, puis dans un restaurant catalan, à la frontière espagnole, à faire la plonge. L’été dernier il a décidé de ne pas travailler pour se concentrer sur ces études, ces parents lui envoyaient de l’argent. Le principal problème pour lui ça a été le barrage de la langue. Les quatre premiers mois lorsqu’il est arrivé en France se souvient-il, « je ne comprenais rien ». Après cette période difficile, il a commencé à avoir quelques bases, et il a pu s’exprimer sur des choses simples du quotidien. Mais il a fallu attendre plus de deux ans pour qu’il puisse véritablement parler français, condition de sa réussite universitaire
Mohamed est Marocain, il arrive en France en 2004, il a alors 20 ans. La première année ses parents le finance à hauteur de 400 euros par mois. Après, il s’est débrouillé seul. Il travaille en général deux mois l’été, en juin et juillet, dans des conditions difficiles : à la cueillette des fruits sous une chaleur accablante, ou encore dans le transport des poules : avec ses mains entièrement griffées par les volatiles. Le troisième mois en août il rentre au pays pour voir la famille. Il rate sa première année, il fallait suivre les cours en français, « ça allait trop vite » dit-il. Au Maroc comme il, le dit lui-même, « c’est seulement dans les milieux aisés que les jeunes font leurs études en français ». A côté de ça, il y avait tous les papiers à faire, les aller retours à la préfecture, trouver une chambre. Après plusieurs années passées, Mohammed est amer, il pensait que la France « c’était le pays des droits de l’homme, le pays des étrangers », qu’ « il trouverait » ce qu’il n’avait pas au Maroc : « une voiture, un loyer, une indépendance ». Il débarque en France, il trouve une autre réalité : « les étrangers ne sont pas les bienvenus, l’immigration est perçue comme une menace et non plus comme une richesse ». Il se rend compte que « la France elle-même est enfoncée dans des graves problèmes » qu’il ne soupçonnait pas.
ZANON Romain
*Chiffres issus de l'enquête réalisée en 2003 par l’OVE intitulée Conditions de vie.
Dernière mise à jour : 16-05-2008 08:50
|
|
|