| Ecrit par Zanon,
le 12-03-2008 16:46
|
Pages vues : 1014  |
Favoris : 45 |
Page 1 sur 2
Le Musée de Grenoble accueillait samedi 8 mars un colloque sur les valeurs de l'olympisme, organisé par le Comité Départemental Olympique et Sportif de l'Isère. Parmi les thèmes à l'ordre du jour : "Olympisme, économie et politique". Retour sur cette table ronde.
Les J.O c’est une compétition d’amateurs. Lorsque Pierre de Coubertin fonde les Jeux Olympiques modernes au début du 20ème siècle, celui-ci est très imprégné de la conception anglaise, du pays où est né le sport moderne au milieu du 18ème siècle. Ce sont avant tout les aristocrates qui pratiquaient le sport, sur leur temps libre. L’activité est donc le fait d’amateurs. A partir du moment où le sport se répandra dans les milieux modestes, un large débat s’ouvrira pour savoir s’il faut rémunérer ou non le sportif. Pour l’ouvrier, en effet, avoir une pratique sportive nécessite de libérer du temps de travail, c’est autant d’heures où il n’est pas payé. « La question de la monétisation du sport est donc apparue très vite, bien plus tôt qu’on ne le pense » comme l’explique Pierre Chaix, docteur en économie, Maitre de conférence à l’université de Grenoble (UPMF). Les J.O., le plus grand évènement du sport amateur au monde est en théorie censé échapper à la professionnalisation de certains sports comme le foot où les joueurs des grands championnats sont gratifiés de salaires astronomiques. En fait, le sport business associé aux J.O. comme le souligne Pierre Chaix fait son apparition dans les années 1980.
« La question de la monétisation du sport est apparue très vite"
Pourquoi ? Les précédentes éditions des J.O. avaient été un désastre sur le plan financier, les candidatures pour accueillir les Jeux étaient réduites à peau de chagrin : deux pour les J.O. de 1980 qui auront lieu finalement à Moscou, et même une seule pour les J.O. de 1984, le deuxième candidat de 1980 : Los Angeles. A partir de 1984 le Comité International Olympique (CIO) décide de mettre en place une véritable stratégie de sponsoring pour résoudre ses problèmes financiers. Les années 1980 correspondent aussi à la dérégulation dans l’audiovisuelle, les chaînes recherchent l’audimat pour se financer, les droits TV vont exploser au cours de cette période pour la retransmission des grands évènements sportifs comme les J.O. Pierre Chaix constate d’ailleurs que les J.O. sont un spectacle sportif qui se vend très bien aujourd’hui, il représenterait ainsi 40 milliards de téléspectateurs en audience cumulée. « Ce qui profite aussi très largement aux grandes marques » remarque t-il. « Tant mieux », répond Alain Arvin Berot si la médiatisation sert les valeurs sociales : pour lui, les Jeux olympiques sont la seule occasion de médiatiser des sports non commerciaux. Depuis 1992 ajoute-il, il existe désormais, juste après les J.O., les épreuves paralympiques qui reconnaissent l’handisport comme un sport à part entière, ce qui est très bien. Pour Pierre Chaix, ces Jeux paralympiques servent de caution, ils ont lieux après les J.O.. « Pourquoi ne pas les intégrer réellement aux épreuves Olympiques » se demande t-il. Il est certain que la télévision a amené une manne financière considérable pour les J.O., ce qui est plutôt positif pour la survie même de cet évènement, mais, d’un autre côté, elle a entraîné des modifications dans la pratique du sport de haut niveau ce qui n’est pas sans conséquence. Et Tony Charpon, arbitre international de football et enseignant à l’UFRAPS de souligner : on a, par exemple, ré-habillé les volleyeuses avec des tenues légères pour rendre ce sport plus attrayant à la télévision… En athlétisme, le temps de concentration des athlètes avant chaque course a été réduit pour ne pas ennuyer le téléspectateur, pour l’audimat… intervient Michel Polski, enseignant à l’Ecole de management de Grenoble, ce qui, dans ce cas précis, nuit bien évidemment au sportif.
« quels sports, quelle intention avec quel argent »
Le débat s’anime, et l’on glisse irrémédiablement sur la pente du politique. Pour Tony Charpon, il ne faut pas opposer le monde amateur du monde « pro » comme les gens ont si souvent tendance à le faire, d’un sport business qui salirait l’image du sport en général. Si les petites fédérations arrivent à vivre c’est grâce au revenu du foot il ne faut pas l’oublier dit-il, depuis l’adoption d’une loi qui oblige à redistribuer une partie des recettes du ballon rond. « A la base, donc, c’est une volonté politique. En même temps cela crée une dépendance, qui ne permet pas le développement autonome des petites fédérations ». D’ailleurs pour lui, le sport de haut niveau et le sport de masse, c’est le même combat, il ne faut pas les opposer. « Le problème c’est que 20% des personnes détiennent 80% des richesses. C’est le cas dans le sport mais c’est aussi comme ça dans la société ». Les dirigeants sportifs locaux venus prendre part à l’atelier s’exprime alors à leur tour. « La politique de l’Etat c’est de favoriser le sport olympique ou de haut niveau, les autres sont laissés de côtés » s’exclame l’un deux. Un autre résume le débat en se posant cette question : « quels sports, quelle intention avec quel argent »? Jean Luc Blache, le dirigeant du club de Hockey de Grenoble, les Brûleurs de Loups prend alors la parole. Il explique qu’il a commencé à s’intéresser au Hockey en regardant ce sport au J.O. de Grenoble en 1968. « On pensait que ça allait se développer » dit-il, mais ça n’a pas été le cas. « J’avais pourtant écrit deux lettres à deux députés de la région pour demander d’engager des travaux pour réaménager la patinoire et notamment agrandir le nombre de places dans les tribunes. On ne m’a pas répondu. » Résultat, selon-lui, d’un manque de volonté politique et de moyens. Le débat aurait pu se conclure sur cet exemple du C.I.O. donné par l’un des intervenant qui illustre les difficultés des instances olympiques à se rénover, confrontée qu’elles sont, à des blocages très forts. Lorsque le C.I.O. a vu le jour il était en grande partie composé de barons, de ducs, d’aristocrates en tous genres... Aujourd’hui, près d’un siècle plus tard, la composition de cet organe majeur qui préside au destinées des J.O. reste très élitiste : on y recense encore bon nombre de princes ou de rois et finalement très peu de dirigeants sportifs, un comble !
Romain Zanon
Dernière mise à jour : 06-06-2008 15:54
|
|
|
tagmxcomg48
Ecrit par: tagmxcomg48 (Invité) le 28-07-2008 19:39