| Ecrit par Zanon,
le 17-04-2008 00:00
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L'écrivain Ahmed El Habti Idrissi, résidant près de Grenoble, devrait publier prochainement son livre, Les Mémoires du Harki, aux Editions du Panthéon. Un titre qui reflète mal la richesse de son contenu qui revient essentiellement sur l'histoire du Maghreb. L'enquête menée sur les Harkis intervient à la fin du l'ouvrage. Nous avons lu, en avant première, son manuscrit.
Les Mémoires du Harki n’est pas simplement un livre sur les Harkis, ces Français musulmans rapatriés en France après l’indépendance de l’Algérie. A travers ce livre, Ahmed El Habti Idrissi, franco-marocain, a réalisé l’œuvre de toute une vie. Une réflexion sur l'histoire des maghrébins et la question de l'immigration dans la société française actuelle. Il s’est aussi intéressé à une histoire, celle des Harkis qui n’est pas la sienne. Et pourtant... au-delà d’un pays, de ses frontières, il y a certainement beaucoup plus de similitudes qu’on aurait pu le croire entre la vie d’Ahmed El Habti et les Harkis. Troublant. Ce livre, c’est aussi plusieurs histoires qui se mêlent, la grande histoire de l’Humanité, des origines de l’homme jusqu’à aujourd’hui, l’histoire de la Méditerranée entre grandeur et décadence, l’histoire des relations d’amour et de haine entre la France et le Maghreb, enfin seulement, l’histoire des Harkis.
« Nous sommes tous issus du singe. Après c’est une histoire de pigmentation »
Tout a commencé avec... le singe. " Nous sommes tous issus du singe, nous venons tous d’Afrique. Après c’est une histoire de pigmentation ", comme le rappelle Ahmed El Habti. "Les êtres humains vivant dans des zones où le soleil est peu fréquent se sont dépigmentés, leur peau est devenue blanche ; les hommes vivant dans des zones très exposées au soleil ont la peau pigmenté pour se protéger des rayons. Voilà pourquoi il y a des noirs et des blancs". Pour l’histoire plus récente, celle consignée par écrit, Ahmed El Habti la fait remontée au début des invasions grecques au Maghreb, région alors peuplée de Berbères à cette époque là. D'autres vagues de populations suivront ensuite avec les conquêtes romaines, vandales, arabes, turques et enfin françaises. Les berbères, peuple originel d'Afrique du Nord, se sont enrichis de toutes ces influences comme il explique au travers de son livre. Il invite aussi d'une certaine manière, les jeunes arabes de France, en quête d'identité, à se tourner vers leur passé pour pouvoir mieux comprendre qui ils sont. Ils verraient que certains de leurs prénoms qu’ils croyaient être arabes sont issus de noms romains qui ont été arabisés par la suite : Jalil vient de Julien, Maryam de Marie.
732 : Charles Martel arrête l’invasion arabe à Poitiers / 859 : naissance de la première université du monde connu à Fès
Tout le livre tend à rétablir des vérités ignorées ou tombées dans l’oubli sur l’histoire des Arabes d’aujourd’hui, sur l’Islam si décriée ou sur la colonisation française tant condamnée. Ahmed El Habti a cherché à connaître sa propre histoire qui est celle de l’homme. Il explique ainsi que les chiffres arabes viendraient peut être déjà de l’Inde brahmanique. Que le si glorieux Abdelkader, ce résistant de la première heure contre la colonisation française, pour les Algériens, avait déjà commencé par réprimer dans le sang les velléités de chefs tribaux qui disputaient son pouvoir... avant même et au lieu de se battre contre le colonisateur. ». Au travers de son livre, il aborde aussi une histoire méconnue, restée dans l'ombre, souvent malmenée par l’histoire officielle de France, celle des cours d’Histoire. 732 Charles Martel arrête l’invasion arabe à Poitiers. Mais les Arabes ne sont pas seulement des envahisseurs, tels que veut les faire passer l’extrême droite à travers l'histoire. Les Arabes sont aussi des hommes qui ont bâti une grande civilisation tant à nous suggérer l'auteur. Autre date trop souvent omise que l’on pourrait invoquée semble t-il nous dire. 859 : naissance de l’université de la Quaraouiyine à Fès au Maroc, première université du monde connu durant la période ibéro mauresque, où les Arabes vivaient aux côtés des Espagnols en Andalousie.
« Les Français ont amené des bienfaits au Maroc de l’époque plongée dans l’obscurantisme et le potentat des imams »
« L’histoire démontre que le nationalisme est un leurre, une méconnaissance profonde de son passé : toutes les cultures, toutes les civilisations, empruntent à d’autres, se mélangent, se croisent pour engendrer de nouveaux savoirs, de nouvelles découvertes, de nouvelles techniques semble vouloir nous dire l'auteur en filigranne. Saint Augustin, qui a influencé toute la pensée chrétienne, était un berbère d’Afrique du Nord. (…). Plus tard, au 19ème siècle, la France apportera aussi sa culture, ses écoles et ses dispensaires au Maroc, plongé dans les guerres tribales et l’analphabétisme.» Des vérités dérangeantes pour les deux parties. Ahmed El Habti cherche à combattre les simplifications, le manichéisme, les nationalismes qui opposent en apportant la preuve par l’Histoire (…). « Les Arabes, dit-il, dans des temps plus anciens, ont tué, comme les Français dans leur entreprise de colonisation, pour s’emparer d’un territoire qui ne leur appartenait pas ». L'auteur porte un regard sans concession sur les crimes perpétrés, ceux des Français étant encore très présents dans la mémoire des Algériens. « Pour autant, la France a amené des bienfaits comme au Maroc, plongé à l’époque, dans l’obscurantisme et le potentat des imams », rappelle Ahmed El Habti, « contrairement à ce qu’en disent, encore aujourd’hui, les discours tiers-mondistes qui répandent l’idée que la France s’est livrée à une véritable entreprise de pillages dans les colonies d’Afrique du Nord. La France a ouvert des écoles, les Arabes se sont remis à ouvrir des écoles à leur tour pour contrecarrer l’influence française. Il n’en demeure pas moins qu’elle a permis de reconstituer un système de scolarisation jusque là délaissé ».
« L’Islam est tolérant (…) il n’y avait pas de bûchers pour les hérétiques comme dans la religion catholique »
Car le Maroc ou l’Algérie étaient sous l’emprise des imams, « lieutenant de Dieu sur terre », qui en réalité accaparaient le pouvoir et faisaient la loi souvent dans leur propre intérêt à l’encontre même des principes de l’Islam. (…) « Cette religion est tolérante le contraire de ce que ses détracteurs, très nombreux aujourd’hui, veulent nous faire croire. Il n’y a pas eu de bûchers pour les hérétiques comme dans la religion catholique. Au temps de l’empire islamique, les chrétiens pouvaient pratiquer leur religion s’ils ne cherchaient pas à faire du prosélytisme. L’Islam est une belle religion. Cette religion n’est pas elle-même exempte d’emprunts ». Et Ahmed El Habti d’observer cette correspondance avec la religion brahmanique en Inde, antérieure à la naissance de l’Islam, qui comportait les cinq prières quotidiennes. Héritage ? Idée dérangeante pour les musulmans, mais peu importe, Ahmed El Habti cherche avant tout à connaître la vérité.
« Les Harkis, ces Berbères amoureux de la France »
Tout ceci pour arriver à l’histoire des Harkis les cavaliers en mouvement, en arabe, en perpétuelle errance entre deux terres : l’Algérie et la France. Ces traîtres à l’Algérie pour les uns, ces « Arabes » pour les autres, rejetés par un certain nombre d’Algériens et de Français de souche. Leur tort : avoir eu deux amours : la culture française et leur pays, l’Algérie. Ahmed El Habti, lui aussi, a depuis longtemps aimé cette culture française, il comprend ces Harkis, ces Berbères amoureux de la France, ces militants de sa présence en terre africaine à qui on reproche cette déviation "anormale". Il invite son lecteur à la réflexion : l’histoire de ces Harkis tant honnie par les Arabes, de part et d’autre de la Méditerranée, n'a t-elle pas été plus tard et encore aujourd'hui l'histoire des immigrés maghrébins, déchirés entre la nostalgie du pays d’origine et leur vie en France. N'ont-il pas été obligés eux aussi à subir le sarcasme du "Français moyen" qui méconnait la culture maghrébinne ?. Il prend l'exemple d'un comportement social, la politesse, si révélateur des maux qui hantent la société française quant à la question de l’immigration. Il reprend la parole d'un éducateur qu'il a interrogé, confrontés aux jeunes petits Français musulmans : "Ils ne vous regardent jamais, on a l’impression qu’ils s’en foutent" (celui-ci explique que ces jeunes fuient du regard à chaque fois qu'il leur adresse la parole). L'auteur explique : "en France, effectivement on regarde celui qu’on respecte, mais dans les pays musulmans, chez les fidèles cela est perçu comme de l’insolence."
20 ans après avoir été écrit, à l'heure de sa publication ce livre résonne encore comme un étrange écho jeté à la face de la société française...
Romain Zanon
Dernière mise à jour : 22-04-2008 14:32
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tagmxcomg59
Ecrit par: tagmxcomg59 (Invité) le 14-08-2008 21:22